LE MONDE SELON KAPOOR

Ceci n’est pas un portrait.
Ni un documentaire classique.
Ni un reportage.
Mais un film d’aventures…

2011, 52'

 

Documentaire réalisé par Heinz Peter Schwerfel

Arte France

 

Sortie d’un DVD pour l’exposition de l’artiste dans le cadre de Monumenta

http://www.arte-boutique.fr/  

http://www.arte.tv/fr/Echappees-culturelles/Le-monde-selon-Kapoor/3891176.html

 



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Né à Bombay en 1954 mais vivant depuis 1973 à Londres, Anish Kapoor incarne à la fois la globalisation et l’individualisme, le progrès et l’héritage culturel, le succès d’un pays qui s’est libéré du colonialisme et la tradition d’avant-garde purement occidentale.

Elevé en Inde, éveillé dans un kibboutz israélien, éduqué par un maître roumain dans le pur esprit formel de l’art conceptuel des années 70, découvert à l’occasion de la renaissance de la sculpture anglaise des années 80, Kapoor expose aujourd’hui autour du monde, de Vienne à São Paolo, de Berlin à Chicago, de New York à Londres, et de Tokyo à Helsinki.

Il est célébré et controversé pour son monumentalisme décoratif et son refus de tout compromis technologique, ce qui rend certaines de ses réalisations extrêmement coûteuses. Qui est ce bel homme secret, mais charismatique qui adore les défis monumentaux ?   Notre film accompagne Kapoor pendant la préparation de sa première grande exposition dans son pays natal, l’Inde. Dans les anciens studios de cinéma de sa ville, Mumbaï, c’est un retour aux sources, et pourrait être la reconnaissance définitive d’une puissance émergeante qui a besoin de vedettes internationales.

Suivent l’inauguration d’une autre exposition à Delhi et les visites de l’atelier de Kapoor dans un des centres du monde de l’art, à Londres, une véritable usine d’idées où travaillent des dizaines de collaborateurs. Et où sont visibles les trois maquettes dont naîtra lentement la pièce qui sera au centre de notre film : une œuvre unique par sa taille, son coût et ses caractéristiques techniques, commanditée par l’Etat français pour la prochaine Monumenta de 2011. Kapoor montrera dans la nef du Grand Palais parisien une seule pièce monumentale.

Et il n’y aura ni mise en scène théâtrale de thèmes existentiels ni dialogue abstrait avec une architecture chargée d’histoire. Comme d’habitude, Kapoor restera entre l’abstrait et le figuratif, son œuvre n’aura ni message ni signification. « L’art est à son plus haut quand il n’a rien à dire, quand il est entre le significatif et le non-significatif. »   Après quinze ans de psychanalyse, Kapoor considère sa sculpture comme une exploration de l’inconscient grâce à l’art –  mais sa métaphysique se veut corporelle et sa spiritualité physique. L’œuvre de Kapoor, bien que directement déduite de la réalité, reste non-figurative. La figure humaine qui s’y imprègne, c’est nous, le public.   Or, Kapoor vit dans le présent, il traite de l’importance de l’espace du quotidien dans un monde défini non pas par le virtuel et les médias, mais par notre expérience physique quotidienne, par notre vie de tous les jours. En envahissant l’espace avec ses pièges visuels, avec des trous noirs, des cabanes en textile aux formes indéfinies ou avec des miroirs géants et déformants, il nous emmène dans un monde étrange et familier à la fois, un monde qui n’est que la réflexion artistique de nous-mêmes.

 

Heinz Peter Schwerfel, critique d'art et cinéaste, réalise depuis 1985 des portraits filmés d'artistes qui ont été primés à de nombreux festivals. Entre autres, il a travaillé avec Georg Baselitz, Jochen Gerz, Rebecca Horn, Alex Katz, Jannis Kounellis, Annette Messager, ou Bruce Nauman. Heinz Peter Schwerfel connaît Daniel Buren depuis le milieu des années 80. Après avoir écrit plusieurs textes sur son travail, il produit en 1988 Daniel Buren - Un artiste sans atelier réalisé par Philippe Puicouyoul et coproduit par ARTE et le Centre Pompidou. Depuis, Heinz Peter Schwerfel a réalisé plusieurs interviews filmées avec l'artiste.

 

LE MONDE SELON KAPOOR…

(Propos de l’artiste, verbatim extraits du film) :

L’ART : quelques définitions…:   …l’art s’accorde bien avec le concept d’une certaine forme d’intimité. Je suis extrêmement intéressé par ce processus, parce qu’il est fondamental… Fondamental pour savoir qui nous sommes. Ce que nous sommes. Le véritable but de l’art abstrait, c’est de passer sous la peau pour aller dans des endroits qui posent des questions fondamentales sur l’être, la conscience… Des questions philosophiques sur la nature du monde, après tout ! Et des questions poétiques sur la nature de l’être.   L’une des caractéristiques formidables de ce que l’on appelle « l’art abstrait », c’est qu’il est dégagé du fardeau de la représentation.

Il clame : « Je ne représente pas. » Seulement, pour remplacer cet aspect, il doit trouver d’autres langues. Moi, je pense que toutes ces autres langues sont philosophiques. Ce sont toutes des propositions sur les choses telles qu’elles sont, qu’elles pourraient être, ou que l’on souhaiterait qu’elles fussent. En fait, au cœur de cela, il y a trois propositions différentes. La première, c’est l’idée d’échelle de grandeur. …Il faut se réadapter en permanence au concept réel d’échelle. La deuxième, qui est également très importante, c’est l’espace. L’espace est à la fois réel et imaginaire, comme dans un espace rêvé : même s’il est imaginé, il est parfaitement réel, ou il joue avec le réel. La troisième proposition, c’est le temps, qui affecte à la fois l’espace et l’échelle. L’art a cette capacité insolite d’allonger légèrement le temps. Il permet, pendant un bref instant, d’entrer dans une sorte de rêverie où le temps semble s’arrêter, ou bien être plus long, différent… C’est encore quelque chose de profondément mystérieux, qui peut se produire volontairement ou non dans une œuvre…

PSYCHANALYSE

La psychanalyse a toujours été très importante pour moi en tant que processus, que manière d’envisager un objet : en effet, elle souligne qu’aucune activité n’est innocente, que ce soit dans les interactions avec le monde extérieur ou les autres. Les activités sont motivées par les autres, le non-dit, les rêves et aspirations non exprimés. L’art ne fait pas exception !

LA PLACE DE L’ARTISTE…

Je répète souvent que je n’ai rien à dire en tant qu’artiste. Je ne m’intéresse pas tellement à ce que j’ai à dire. Ce n’est pas le problème. Peu importe ce que j’ai envie d’exprimer ! Les autres ne le sauront jamais. …

ET LE PROCESSUS DE CREATION

Cela dit, je pense que le processus de création est très important. La pratique de l’atelier est importante, parce que c’est un lieu où se déroule un processus de pensée expérimentale, qui s’incarne dans des objets de toutes sortes, ou des images de toutes sortes. C’est le moment où l’on commence à réfléchir à ce qui se passe dans ces objets ou ces images. Un certain processus s’établit entre l’objet et moi. Ce n’est d’ailleurs pas très différent d’une relation psychanalytique. Dans la psychanalyse, pour schématiser, il y a le psychanalyste, le « patient » et une « entité imaginée », si vous voulez. Sa présence résulte d’une sorte de contact entre les deux autres personnes. Cette troisième entité est toujours là, d’une façon ou d’autre. Dans un atelier, on retrouve ces fantômes, ces esprits, cette « entité imaginée ».

Le processus de création d’une œuvre consiste souvent à donner une forme à cette entité inconnue : soit la laisser inconnue, dotée d’une présence invisible, ou bien lui donner une sorte de réalité. C’est une forme de dialogue qui obéit à des critères assez objectifs. Ce n’est pas mon genre de monde psychique intérieur, peu importe ! Ça ne m’intéresse pas ! Cela ne devrait pas intéresser non plus le spectateur. C’est lorsque l’artiste convoque ce « troisième objet » qu’il devient également visible et reconnaissable au spectateur. C’est une identification subtile et compliquée… Alors qu’au final, il s’agit d’un objet poétique. C’est un objet poétique que vous connaissez et que je connais… Que nous connaissons tous, en fait ! Surtout lorsqu’on lui donne le nom d’art et qu’on lui donne une présence physique particulière.

NOUVELLES FORMES   Pour créer, en art, il faut convoquer de nouvelles formes, de nouveaux espaces, de nouvelles temporalités. Cela me semble absolument indiscutable. Pourtant, la nouveauté ne vient pas forcément de l’innovation, elle peut venir du passé.

L’ATELIER

Pour moi, c’est évident que l’atelier est un lieu d’expérimentation. Ce que j’ai envie d’y faire, c’est d’échouer, et d’échouer souvent… Échouer rapidement. Le pire, c’est de passer des mois ou des années avant d’échouer. Il vaut mieux essayer des idées aussi vite que possible et échouer, si tel est le cas. Il faut échouer rapidement. Je pense qu’un processus continuel d’excavation est à l’œuvre : c’est une démarche complètement archéologique.

 

ORIENT/OCCIDENT

Je crois que c’est un lieu commun de penser qu’il y a une différence fondamentale de points de vue entre l’Occident et l’Orient. Je ne suis pas certain que cela soit réellement le cas. À divers égards, il faut se rendre compte de la nécessité de dé-compartimenter notre façon d’envisager les peuples et les cultures. Il faut briser ce compartimentage : il a pour seul effet de rendre exotique l’Autre. Cela pose un lieu « exotique » d’où l’Autre est originaire, et c’est une vision trop touristique, trop simpliste. Depuis de nombreuses années, mon travail en tant qu’artiste a consisté à dire : « Je vous en prie, arrêtez de me considérer comme un artiste indien. Cela n’apporte rien. » Ce qui compte, c’est de dire que les artistes s’expriment avec toutes sortes de langues, « orientales » comme «occidentales», pour arriver à s’exprimer en tant qu’individus.

 

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